UN PEU D'HISTOIRE...

 

Sorcières et viticulture.

Mentions concernant la viticulture dans le procès de sorcellerie.

Quarante femmes de la seigneurie de Bergheim on été victimes de la chasse aux sorcières entre 1582 et 1683. Après leur arrestation, pendant l'interrogatoire, les prisonnières étaient obligées de répondre aux questions qu'on leur posait ; si la réponse ne convenait pas, les femmes étaient torturées. Leurs aveux nous apprennent à quels endroits elles ont rencontré le diable, ce qu'elles ont fait lors des réunions, les maléfices qu'elles ont réalisés.

Rencontre avec le diable dans les cantons du vignoble des bans de Bergheim, Rorschwihr et Rodern.

Veronica, femme d'André, mère de sept enfants en bas âge, habitant dans une maison du Willer, hameau à l'ouest de Bergheim, fut brûlée en 1586. Le diable vint la voir dans son terrain situé au lieu-dit Blosenberg. Il menaça de lui arracher la tête si elle ne reniait pas Dieu. Alors il la jeta à terre en même temps que quatre piquets.

Anna, femme de Michel Kessler de Bergheim, est morte en prison en août 1586. En se rendant dans une vigne située au Lenzelweg, elle rencontra le diable qui avait l'apparence d'un beau jeune homme vêtu de noir.

Anna épouse d' Adam Weckenzipffel de Rodern, brûlée aussi en 1586, a avoué qu'en 1585, alors que dans une pièce de vigne qui lui appartenait au lieu-dit Silberberg, elle était occupée à courber les sarments, le diable se présenta sous l'apparence d'un petit homme. Il lui dit que si elle lui obéissait elle n'aurait plus à effectuer de tels travaux. Il l'attira à terre, elle s'est agrippée à un pied de vigne mais il lui arracha les mains.

Anna Klowel de B, brûlée en 1618, nous apprend que son amant le diable3 est venu la voir alors qu'elle portait du fumier dans sa pièce de vigne au Rotenberg.

Les sorcières fêtaient leurs noces avec le diable ou elles se réunissaient pour boire, manger, danser, sauter et cuire du mauvais temps.

En 1618, Catherine femme de Jacob Volmar et Anna Lamg de Rodern avouent que lors d'une rencontre au Grasberg, les femmes avaient apporté des gobelets d'argent et des «Logel» tonnelets de vin rouge.

Barbara Ilthiss, femme de Hans Vogt l'ancien de Rodern, brûlée en 1630, dit qu'il y a environ quatorze ans elle a célébré ses noces avec le diable dans sa cour. On a bu du vin dans des gobelets en bois.

Sur le « Steckenmarck », l'actuelle place aux échalas de Bergheim, Barbara femme de Mathis Dederlin, et Anna Klowel ont célébré leur mariage avec le diable. Un violoniste a invité à la danse. Le vin a été servi dans de beaux gobelets et des calices en argent. Le diable a pris la Barbara dans le local du pressoir de Simon Kueneman.

La cuisson du mauvais temps occupe une place importante dans les textes des aveux.

Anna, femme d'Adam Weckenzipffel, reconnaît qu'il y a environ quatre semaines, au cours d'une rencontre, chaque sorcière à déposé quelque chose dans un chaudron. Il s'ensuivit une grêle.

Une femme de Bergheim, Margaretha Schäffer, brûlée le 9 août 1586, avoue qu'il y a environ sept semaines, elle était rassemblées à Ellenweyer et qu'elles on contribué à faire le gros orage qui s'est abattu vers le soir.

Ces orages ont effectivement eu lieu (et bien sûr n'ont pas été l'œuvre des sorcières) car le greffier de la ville de Bergheim signale à la régence que les vignes ont été fracassées ainsi que les échalas et qu'il n'y aura pas de vendange. Le cours de vin de 1586 n'a pas été fixé.

Anna Thurner, femme de Hans Hugelmann de Rorschwihr, jugée en 1630, confesse sous la torturequ'il y a deux ans elle-même et ses camarades se sont rassemblées au Riffenloch vers la Sait-Jaques, là elles ont fait bouillir une grêle dans l'intension de gâcher le vin. De la marmite, renversée par une étrangère, est sorti un brouillard. Les tiges des raisins ont été abîmées.

Ceci aussi a été confirmé dans une lettre écrite par le bailli de Bergheim le 23 octobre 1628 : les vendanges seront mauvaises et le rendement faible car les raisins ne sont pas mûrs et ne contiennent pas de jus. En ce moment il y a des gelées blanches. Il n'y aura pas de vin dans les caves de la seigneurie. Le 22 novembre on a rentré quelques raisins. Cette année-là, les valets dîmiers n'ont pas eu le droit au « Herbstbratten », repas de fin des vendanges.

Mais le plus souvent la cuisson ne réussit pas : une pluie fine ou un léger brouillard ne causent pas de dommages.

Anna Möwel, épouse du tonnelier Georg Walperger de Bergheim, morte par le feu en 1630, explique que lorsque les sorcières tiennent une assemblée pour mijoter une grêle, un orage, du gel ou du tonnerre et que l'on fait sonner les cloches, elles appellent cela : les chiens aboient. Mais si c'est une femme qui sonne les cloches contre le mauvais temps, les sorcières ont le pouvoir de continuer leur méfait et d'occasionner des dégâts.

Le vin fut souvent à l'origine de violences conjugales.

Catherine Bassler, épouse de charpentier Michel Ochs de Rodern, brûlée en 1630, dit qu'il y a trois ans en automne, il y avait beaucoup de vin ; elle aurait dû aider son mari à soulever une cuve pleine de moût dans leur cave, mais elle était trop faible. Son mari la battit violemment près du tonneau. La même année, cette Catherine avait bu pas mal de vin et elle voyait des lumières. Son mari rentra ivre ; il a menacé de la battre (il paraît qu'il la chassait souvent). Elle se réfugia dans la cour de Hans Leichel et c'est là que le diable es venu la voir pour la première fois.

Le transport du vin est aussi mentionné dans les aveux.

Catherine Muller, épouse de Mathis Menzer de Rorschwihr, reconnaît en 1630 qu'il y a dix ans, lorsque son mari précédent était encore en vie, elle amena, après les vendanges, un foudre de vin à Strasbourg. Son mari devais la rejoindre plus tard. Elle passa la nuit à Huttenheim, où un homme, par ruse, l'a convaincue de réaliser ses désirs. Elle a commis l'adultère cette nuit-là, de même que le lendemain matin dans le bateau dans lequel ils s'étaient installé très tôt alors qu'il faisait encore sombre. Cet amant-là était le diable.

Les pièces de vignes étaient parfois à l'origine des problèmes.

Une femme très riche brûlée en 1627, Agnès Möwel, a avoué avoir tué son frère Bertin Möwel qui de son vivant était bailli à Andlau. Elle avait ajouté une pommade à du vin blanc car ils n'étaient pas d'accord pour le partage des biens de la famille.

Barbara Flöss, veuve de Marzolff Meyer, jugée en 1627, fut battue quelques années plus tôt par son mari car le couple s'était disputé au sujet de la vente d'une pièce de vignes qui appartenait à la femme.

Germaine Braun.

Passionnée d'histoire locale et membre actif de la société d'histoire.

19/05/06 intervention lors de la présentation du coffret La sorcière de Bergheim à l'ancienne synagogue de Bergheim.